Pélerinage-Chemin Kempt, Marche nordique, danses de ligne et vtt

Légende urbaine du 19ième siècle avec la candeur de ce temps-là.

 Gardons en mémoire le contexte contemporain de cet écrit........merci!

LE PASSEUR DE MÉTIS


Avant ''le grand dérangement'' des Acadiens en 1755, par le cruel Lawrence, plusieurs familles acadiennes parvinrent à s'échapper de l'Acadie. Quelques'unes d'entre elles prirent le bois, allèrent s'éta blir à quelques milles à l'ouest de Kamouraka, d'autres gagnèrent la Baie-des-Chaleurs, se fixèrent à la pointe Restigouche, près d'une bourgade d'Indiens, dont ils furent bientôt les amis.

Si les Micmacs détestaient les visages pâles anglais, ils aimaient les ''blancs français, venus d'un pays éloigné, sur des grands canots de bois, avec les Robes noires qui leurs disaient des mots si doux au coeur.

Les Acadiens trouvaient à Restigouche les secours de la religion, car depuis 1740, les récolets-capucins avaient établi une mission pour les Micmacs. Un missionnaire enseignait l'Évangile aussi à deux autres campements: Nipisiguit (Bathurst) et Lehegong (Atholville).

A cette époque, la bourgade de Restigouche obéissait à un chef nommé Coundo (mot micmac signifiant pierre). Cet homme à la haute stature, au front large, à l'oeil vif et pénétrant, avait un port noble, mais altier; tout en lui respirait la bravoure du guerrier sauvage, généreux pour l'ami, mais...féroce pour l'ennemi.

L'année se divisait en deux parties pour les habitants de la bourgade. L'automne venu, les wigwams se fermaient, toutes les familles prenaient le bois où l'on chassait tout l'hiver; au printemps, on revenait à la pointe, chargé des produits de la chasse. Là, tandis que les femmes préparaient les peaux pour le trafic, les hommes préparaient les canots d'écorce. Ne fallait-il pas se rendre à l'embouchure de la rivière Métis, au commencement de l'été, y rencontrer les amis ''Maléchites'' de la rivière St-Jean, qui venaient, chaque année, faire la chasse à la pourcie, à l'eau salée?

Le temps venu, les familles s'entassaient gaiement dans les canots, avec de grandes quantités de provisions: on remontait les rivières Restigouche et Matapédia, traversait le lac du même nom, à la tête duquel les canots étaient hissés sur la berge, cachés sous le feuillage, puis on faisait portage jusqu'à Métis, à travers les bois, par un chemin plaqué, (devenu chemin Kempt).

Pendant plusieurs jours, on festoyait, on dansait, on chantait: c'était le ''Métiwi'' des Micmacs et des Maléchites.

Les réjouissances finies, on revenait à la pointe, où la vie insouciante des Indiens reprenait le cours; un peu de chasse, un peu de pêche, le plus souvent on se chauffait au soleil.

Les Acadiens, eux, bien qu'ils fraternisaient avec les sauvages, regrettaient leurs belles fermes de l'Acadie. Ils s'inquiétaient du sort de la Nouvelle-France, abandonnée par la mère-patrie. Comment Montcalm pourrait-il conduire à la victoire, ses quelques unités de miliciens, contre les armées si fortes de l'ennemi.

La situation en était là...quand un an avant la reddition de Québec, Louisbourg tombe aux mains des Anglais pour la deuxième fois. A l'issue du combat, cinq des douze navires francais qui combattaient contre les deux cents vaisseaux anglais, échappent de justesse à l'ennemi, pour remonter vers Québec, mais rendu dans le Golfe St-Laurent, se voyant poursuivi par une forte escadre anglaise, ils sont obligés de se réfugier à l'embouchure de la rivière Restigouche et pressés de près, le Commnadant ordonne le sabordement des navires plutôt que de les livrer à l'ennemi...

Officiers et soldats gagnent la côte, aidés par les habitants de la pointe, puis guidés par le frère du chef, prennent le chemin de Québec à travers les bois.

Les Anglais arrivent pour voir les navires francais coulés, anéantis. A leur tour ils abordent. En mesure de représailles, ils incendient les cabanes d'écorce, aussi bien que le village acadien. Sous une fusillade nourrie, colons et sauvages se précipitent dans les bois; le chef Coundo dirigeait la fuite avec calme et intrépédité, quand à ces côtés, il voit tomber son vieux père, sa mère malade et sa femme qui tenait leur fils adoptif par la main. Voyant la population dispersée, le village en feu, les Anglais reprennent la mer.

Froidement, sans verser une larme, d'un oeil terrible, féroce, Coundo contemple la scène; les wigwams en cendre, les maisons en flammes, sa squaw dévouée, ses vieux parents gisants sans vie, frappés eux aussi par les anglais. Là, où il ya quelques intants, vivaient des êtres heureux, il n'y a plus que mort...que dévastation.

Regarde, Byette, dit Coundo à son fils âgé de 7 ans, qui se pressait contre son père. Regarde, les Anglais ont passé içi. Puis tendant son bras vers l'horizon où les navires disparaissaient, d'une voix forte: Fils, souviens-toi, nous les vengerons!... vengerons, répond l'écho des bois.

Coundo a oublié les leçons de la Robe noire: le sang sauvage s'est réveillé, il a submergé la semence chrétienne!

Indiens et Acadiens sont revenus à la pointe: les cabanes se sont élevées de nouveau, les colons se sont bâtis d'autres demeures; le missionnaire, à ses séjours à la bourgade, enseigne, parle de résignation, de soumission, de pardon.

Coundo, lui, taciturne, fuit ses congénères, ses amis, la Robe noire surtout. Seul dans sa cabane avec Byette, quand il n'est pas dans les bois, il rumine sa vengeance, d'avance il la savoure. De quelle manière se manifestera-t-elle? ... Il la voit atroce...Quand arrivera-t-elle? Dans un an? Cinq ans?...Peu importe! Coundo saura attendre!...

Neuf ans se sont passés. Les Anglais, bien établis dans le pays, ont des relations commerciales jusqu'à la Baie des Chaleurs même à Gaspé.

Le plus court moyen de s'y rendre est de prendre, à Métis, le vieux ''plaqué'' des Micmacs jusqu'au lac Matapédia, où le voyage se continue en canot.

Avec Byette, qui a 16 ans, Coundo s'installe à l'embouchre de la rivière Métis. Il guide les voyageurs jusq'au lac Matapédia. Tous louent sont zèle, sa patience, son endurance. Bref, il est devenu ''Le passeur de Métis''

Coundo est content; la bonne fortune à enfin souri à l'attente; l'heure de la vengeance va sonner.


Pendant un an encore, il faut patienter... Enfin un matin, un officier anglais frappe à la cabane.


--Le passeur de Métis?..Moi, passeur.

--Peux-tu me conduire à la Baie-des-Chaleurs?

--Moi, conduire toi, dans le bois,...autre guide à Lac...

--Tu es bon guide?

--Coundo, toujours conduire bien.


On débat le prix du trajet, puis on part à la file. En avant, Coundo portant sa carabine, puis l'officier. Byette suis avec le bagage


--Pourquoi emportes-tu une carabine?

--Tuer perdrix, lièvres, pour retour cabane...


Tout va bien pendant quelques heures. Arrivé à la côte, maintenant appelé ''Côte à tuer'', au pied de laquelle coule la rivière Tartigou, Coundo s'assied brusquement sur un tronc d'arbre.

--Mais quoi, tu es déjà fatigué, remarque l'Anglais surpris du peu d'endurance de son guide?...

--Pas fatigué, mais arrête ici, repondit Coundo en plaçant la main sur son coeur.

--Tu es malade?...

--Moi, coeur malade...malade depuis longtemps, Byette ici avait 7 ans.


L'Anglais s'assied près de Coundo.


--Tu, Anglais, toi? Dit le guide...

--Mais, oui, je suis Anglais...

--Officier Anglais?

--Mais, oui, je suis un officier anglais, chargé de visiter les établissements anglais de la Baie-des-Chaleurs.

--D'autres anglais venir ici?

---Oui, des commerçants anglais viendront acheter les fourrures, le poisson. Mais pourquoi ces questions, guide? Pourquoi me regardes-tu tout à coup avec cet air sévère? Nous sommes reposés, partons..Coundo se lève, superbe.

--Écoute, Anglais, officier anglais, chef micmac Coundo va parler. Ecoute. Longtemps passé, moi avoir squaw dans mon wigwam, bonne squaw... Moi avoir vieux parents, micmacs heureux à la pointe Restigouche, chassant partout. Bons amis acadiens et français, eux aussi aimer indiens...Oh! Heureux!...Avoir coeur léger, puis mauvais blancs venir; tirer père, mère, ma squaw, brûler cabanes, brûler village aussi, tout briser, méchants blancs.

Tu sais-tu, toi, qui a fait ça? Qui a fait mon coeur pesant, coeur dur comme pierre?... Méchants blancs, officiers anglais, comme toi.. Coundo a juré venger... Toi pense à grand esprit, Anglais, Coundo tirer...''

Le coup partit. L'infortuné voyageur tombe à la renverse, inanimé... Coundo s'assied et pleure. Puis soudais il se lève. Byette, toi, pousser officier dans la rivière avec bagage. Nous retourner Métis, encore deux anglais tirer ici.

Les deux autres meurtres ne tardèrent pas à être consommés. Dans la crainte d`être appréhendé, Coundo et son fils se réfugièrent dans le bois. ''Le passeur de Métis'' était disparu.

Cependanr la vengeance assouvie n'a pas apporté à Coundo la satisfaction qu'il espérait; son coeur reste lourd, l'ennui ronge son esprit... la vie aves les siens lui manque. Toutefois, il s'enfonce de plus en plus dans la forêt.

Chaque hiver, son frère, revenu à la mission, monte visiter les exilés dans leur tanière. Il les presse, chaque fois, de descendre à la pointe, où les Sauvages attendent toujours leur chef, où les Acadiens, leur ami, et où, par la prière, la Robe noire appelle son fils Coundo et Byette qu'il a baptisés.

Toujours Coundo refuse. Coundo, plus chef, plus voir Robe noire jamais; moi, bête sauvage, moi rester avec ours. Byette descende lui. Mais Byette ne veux pas abandonner son père adoptif. Son père qu'il aime, qu'il protège, à qui il prodigue ses soins, car le chagrin, le remords peut-être, a terrassé l'Indien. Les mois, les années passent...

Chaque année, au mois de juillet, le missionnaire laisse les autres missions, et vient à Restigouche pour célébrer la fête de Sainte-Anne avec les Micmacs.

Cette année-là, il fait venir le frère de Coundo.

Remonte les rivières, lui dit-il, tu descendras ton frère. Ici nous allons prier, et Dieu, par l'ntercession de Ste- Anne, exaucera notre demande, j'en suis assuré.

Pendant neuf jours les prières se multiplièrent à la mission. On prie avec ferveur, certain d'être exaucé. ''Ste-Anne va amener le chef mourir chrétiennement parmi les siens.'' La Robe noire l'a dit. En effet, Dieu se laisse toucher.

Le 25 juillet, le canot attendu arrive aves trois personnes. Les exilés voient enfin leur chère bourgade. Coundo débarque soutenu par Byette. Rendu à la cabane de son frère ''Toi dire Robe noire, venir ici apporter paroles du Grand Esprit, qui réchauffe coeur. Coundo mourir en chrétien, avec coeur léger''.

Le lendemain, la fête de Ste-Anne est célébrée avec plus de réjuoissances que les années passées, les angoisses sont finies: les brebis égarées sont revenus au bercail.

Dans l'après-midi, devant tous les Indiens de la bourgade, à l'exemple des premiers chrétiens, Coundo fait une confession générale avec les sentiments d'un profond repentir et les marques d'une contrition humble et sincère. Byette, lui, demande à être instruit des vérités chrétiennes.

Coundo a repris son air noble et généreux. Son coeur n'est plus pesant comme pierre. Il a la consolation de voir Byette faire se première communion.

Au printemps, par un beau soir, alors que le soleil disparaissait à l'horizon, Coundo, le chef Micmac, encouragé par le missionnaire, meurt paisiblement, serrant, entre ses mains, son chapelet qui ne le quittait plus.

''Plus de vengenace. Pardonnons, le Grand Esprit pardonnera''. Furent ses dernières paroles.

Tel est le récit que fit Noël, le micmac, au Père Michel, qui lui-même l'a redit à un curé de Métis.



06/02/2009
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